Les énergies renouvelables sont-elles vraiment propres ?

Les éoliennes et les panneaux solaires ont la cote. Pourtant, leur fabrication, qui nécessite des matières premières non renouvelables, n’est pas des plus écolos.

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Compétition nautique aux Pays-Bas, sur le lac d'IJssel, au nord d'Amsterdam.
Compétition nautique aux Pays-Bas, sur le lac d'IJssel, au nord d'Amsterdam. © JILMER POSTMA / ANP MAG / ANP via AFP

Temps de lecture : 4 min

D'abord, une question. Peut-on réellement parler d'énergies « renouvelables » lorsqu'on évoque le solaire, l'éolien et même les barrages hydrauliques, pour ne prendre que les plus connues ? En ce qui concerne l'eau, le terme est justifié : les barrages sont édifiés pour des centaines d'années, et l'eau est une ressource quasi illimitée, même si elle se tarit un peu après les saisons sèches récentes.
Le qualificatif est plus discutable appliqué au solaire et à l'éolien. Si leur source est infinie (au moins à l'horizon de quelques milliards d'années), leur mode de production n'est pas vraiment renouvelable. Il faut de l'acier, du béton ou encore des minerais parfois rares pour construire les panneaux solaires et les éoliennes, soit autant de ressources en quantité limitée sur la terre. « Il faut souligner un véritable paradoxe : nous sommes dans un monde d'énergies renouvelables qui nécessite des matières premières non renouvelables pour être exploitées », explique Guillaume Pitron, auteur du livre La Guerre des métaux rares (éd. Les liens qui libèrent).

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Le nucléaire, énergie « propre »

Ensuite, quelques chiffres. Plusieurs instances ont calculé, pour chaque type d'énergie, la quantité rejetée dans l'air de CO2 (ou dioxyde de carbone, l'un des principaux gaz responsables du réchauffement climatique). Elle est établie en additionnant toutes les étapes, de l'extraction (pour l'uranium, par exemple) à la fabrication des matériaux (pales des éoliennes, panneaux solaires…) en passant par le transport de l'énergie.

La hiérarchie est étonnante. Selon l'Unece, un organisme lié à l'ONU, l'énergie la plus propre est… le nucléaire, avec une moyenne de 5 grammes de CO2eq/kWh. Vient ensuite l'hydraulique, avec une moyenne de 11 grammes de CO2 émis par kWh d'électricité produite (selon la technologie et le lieu d'implantation des barrages, la fourchette est comprise entre 6 et 147), puis l'éolien, qui n'arrive donc que sur la troisième marche du podium avec un résultat de 13. Un peu plus loin derrière arrivent le solaire (30), la géothermie (38), la biomasse (230), le gaz naturel (501) et enfin le charbon (954).

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Les résultats du Giec, l'instance chargée d'évaluer le réchauffement climatique et ses causes, sont légèrement différents. Selon les experts onusiens, l'éolien arrive en tête des énergies les plus respectueuses du climat, avec la production de 11 grammes de CO2, une courte tête devant le nucléaire (12). Mais ces chiffres sont mondiaux : en France, la faiblesse du vent et, pour l'heure, la pauvreté d'éoliennes en mer, font sans doute grimper le chiffre d'émissions de CO2 de cette énergie. C'est aussi le cas avec le solaire, troisième du palmarès du Giec avec 50 grammes de CO2. L'Ademe, l'organisme public d'information sur la transition énergétique, publie d'ailleurs des chiffres voisins de ceux de l'Unece : le nucléaire repasse en tête (6 grammes de CO2eq/kWh), devant l'éolien (7) et le solaire (55).

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Centrales à charbon

Et encore, ces données ne prennent pas en compte les effets pervers des énergies renouvelables. Leur impact sur l'environnement peut aussi être évalué en fonction de leur emprise au sol. Or les éoliennes et les panneaux solaires empiètent sur de vastes espaces : sur terre, pour produire un MWh d'électricité avec le vent, il faut 100 mètres carrés en moyenne selon l'Unece, contre 55 mètres carrés pour le solaire, et seulement 0,3 mètre carré pour le nucléaire… Mais, à la différence de l'atome, les éoliennes comme les panneaux solaires posent peu de problèmes une fois leur vie achevée : l'essentiel est recyclable (plus de 90 % dans le cas de l'éolien).

À LIRE AUSSI L'Allemagne débranche le nucléaire ce samedi, le climat attendraAutre effet négatif indirect, ces énergies doivent souvent être accompagnées de centrales à gaz, voire à charbon, afin de pallier l'intermittence de leur production lorsqu'il fait nuit ou que le vent est tombé. L'exemple le plus frappant se trouve à notre porte. L'Allemagne, lancée dans une ambitieuse politique en faveur des énergies renouvelables (en particulier éolienne), peine chaque année à atteindre ses objectifs de réduction de CO2 (elle les dépasse selon certains instituts, les rate selon d'autres). Une certitude : sa trajectoire est fragile. Le gouvernement vient d'annoncer le doublement du nombre de ses centrales à gaz (qui émettent, rappelons-le, dix fois plus de CO2 que le nucléaire), et la relance de quelques centrales à charbon (vingt fois plus polluantes que le nucléaire)…À LIRE AUSSI La France n'arrivera pas à se décarboner totalement, selon le cabinet Roland Berger

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Commentaires (15)

  • flams2

    Les centrales à gaz émettent cent fois plus de CO2 que le nucléaire (501 g par Kwh contre 5 pour le nucléaire selon vos propres chiffres) et non dix fois plus.

  • Noetique

    Concernant la "transition énergétique" et les énergies dites "renouvelables", je sais que j'agace en répétant cela depuis cinquante ans : en thermodynamique, il n'y a JAMAIS de miracles.
    On ne produit rien à partir de rien et produire beaucoup et efficacement consomme beaucoup et coûte cher.
    Rien, dans le monde réel, n'est renouvelable ; c'est cela le second principe de la thermodynamique.
    Par ailleurs, plus la ressource est pauvre (comme le vent ou la lumière solaire), plus les rendements de transformation (le passage du vent ou de la lumière, à de l'électricité) sont mauvais.

  • Nawak

    Il n'y a ni béton ni acier... Pfff ! On reparlera du caractère éternel de la renouvelabilité de l'eau quand il faudra reconstruire le barrage à cause de l'usure du béton...